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Canicules plus fréquentes, températures records, épisodes de chaleur de plus en plus précoces : le changement climatique transforme durablement les conditions de travail. Selon Oxfam, 36 % des travailleurs sont déjà exposés à des chaleurs extrêmes sur leur lieu de travail. Dans ce contexte, la prévention du risque chaleur est devenue un véritable sujet de santé et sécurité au travail pour les entreprises.
Un risque qui concerne désormais tous les secteurs
Pendant longtemps, les fortes chaleurs ont principalement été associées aux métiers exercés en extérieur, comme le bâtiment, les travaux publics ou l’agriculture.
Cette vision ne correspond plus complètement à la réalité. Les épisodes caniculaires affectent aujourd’hui également les salariés travaillant dans des bureaux, des entrepôts, des ateliers, des boutiques, des restaurants, ou des locaux insuffisamment ventilés. La chaleur peut provoquer une baisse de vigilance, une déshydratation, des malaises, voire des coups de chaleur dont les conséquences peuvent être graves.
Dans un rapport publié en 2024, Oxfam rappelle que plus d’un tiers des travailleurs sont déjà exposés à des températures supérieures à 35°C sur leur lieu de travail. L’organisation souligne également que le changement climatique constitue désormais un enjeu majeur de santé publique et de santé au travail.
Pour les employeurs, la question n’est donc plus de savoir si leur activité est concernée, mais comment anticiper et gérer ce risque.
Un cadre réglementaire renforcé depuis 2025
L’obligation de protéger la santé et la sécurité des salariés n’est pas nouvelle. Elle résulte des dispositions générales du Code du travail qui imposent à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
En revanche, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, est venu préciser les obligations des employeurs en matière de prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense.
Le texte ne fixe pas de température maximale au-delà de laquelle le travail devrait automatiquement être interrompu. Il impose en revanche aux entreprises d’identifier les situations à risque et de mettre en œuvre des mesures adaptées lorsque les salariés sont exposés à des températures susceptibles d’altérer leur santé ou leur sécurité.
Cette évolution traduit une prise de conscience : les vagues de chaleur ne constituent plus un phénomène exceptionnel mais un risque professionnel appelé à se répéter.
Le document unique d’évaluation des risques professionnels est incontournable
Comme pour tout risque professionnel, la première étape consiste à évaluer les risques. Les employeurs doivent intégrer le risque chaleur dans leur document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cette analyse doit tenir compte de la nature des tâches réalisées, des conditions de travail, de l’exposition au soleil, de l’effort physique demandé, de la ventilation des locaux ou encore de la présence de salariés particulièrement vulnérables.
Cette démarche est loin d’être purement administrative. En cas d’accident ou de contrôle de l’inspection du travail, la qualité de cette évaluation sera souvent examinée de près.
Quelles mesures concrètes mettre en place ?
Le décret de 2025 détaille plusieurs mesures de prévention que les employeurs doivent envisager lorsque les conditions météorologiques l’exigent.
En pratique, il peut notamment être nécessaire de :
- mettre à disposition de l’eau potable fraîche en quantité suffisante
- permettre aux salariés de s’hydrater régulièrement
- aménager les horaires de travail afin d’éviter les heures les plus chaudes
- augmenter la fréquence des pauses
- mettre à disposition des espaces ombragés ou rafraîchis
- améliorer la ventilation ou le rafraîchissement des locaux
- reporter certaines tâches particulièrement physique
- fournir des équipements adaptés lorsque cela est nécessaire
- informer et sensibiliser les salariés aux risques liés à la chaleur.
Les entreprises ont également tout intérêt à former leurs managers afin qu’ils soient en mesure d’identifier rapidement les signes d’alerte tels que les vertiges, les maux de tête, la confusion ou les malaises.
Une attention particulière aux salariés les plus vulnérables
Tous les salariés ne présentent pas le même niveau d’exposition au risque. Certaines catégories de travailleurs peuvent être plus sensibles aux fortes températures, notamment les femmes enceintes, les salariés âgés, les personnes souffrant de pathologies chroniques ou suivant certains traitements médicaux.
Les employeurs doivent être attentifs à ces situations individuelles et, lorsque cela est nécessaire, envisager des aménagements temporaires des conditions de travail.
Le service de prévention et de santé au travail peut utilement être associé à cette réflexion.
Le droit de retrait n’est pas automatique
Lors de chaque épisode caniculaire, la question revient sur le devant de la scène : un salarié peut-il cesser de travailler en raison de la chaleur ?
La réponse dépend des circonstances.
Le droit de retrait peut être exercé lorsqu’un salarié a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. L’appréciation se fait au cas par cas en fonction de la température, de l’activité exercée, de l’état de santé du salarié et des mesures de prévention mises en place par l’employeur.
Une entreprise qui a anticipé le risque et déployé des mesures adaptées limite naturellement le risque de retrait et de contestation.
Des conséquences juridiques bien réelles
La chaleur ne relève plus du simple inconfort. Lorsqu’un salarié est victime d’un malaise ou d’un accident dans un contexte de fortes températures, les mesures prises par l’employeur seront examinées avec attention.
Une insuffisance dans l’évaluation des risques ou dans les mesures de prévention peut engager la responsabilité de l’entreprise. Selon les circonstances, cela peut conduire à la reconnaissance d’un accident du travail, à des observations ou mises en demeure de l’inspection du travail, voire à des contentieux fondés sur un manquement à l’obligation de sécurité.
Au-delà du risque juridique, les conséquences sont également organisationnelles : absentéisme, baisse de productivité, désorganisation des équipes ou difficultés de recrutement.
Anticiper plutôt que subir
Les vagues de chaleur sont appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses. Les entreprises ne peuvent plus considérer ces épisodes comme des événements exceptionnels survenant quelques jours par an.
Le décret de 2025 marque une étape importante en faisant du risque chaleur un sujet de prévention clairement identifié par le Code du travail. Pour les employeurs, l’enjeu consiste désormais à intégrer cette nouvelle réalité climatique dans leur organisation quotidienne.
Au-delà du respect des obligations légales, la capacité à protéger les salariés face aux fortes chaleurs devient un véritable indicateur de la qualité des conditions de travail et de la maturité des politiques de prévention mises en œuvre par les entreprises.
Originally published by GPO Magazine, 8 July 2026
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