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7 July 2026

Licence perpétuelle, hausses tarifaires, redevance imposée : quelles recours juridiques face à la captivité logicielle

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Haas Avocats

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HAAS Avocats, a French law firm, defends and protects national and international clients in the fields of French intellectual property, new information and communication technologies, data protection, e-commerce, e-marketing and business law.
D’abord, on rassure. À la signature, l’éditeur met en avant la licence perpétuelle : vous payez une fois, le logiciel est à vous, pour toujours.
France Government, Public Sector
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D’abord, on rassure. À la signature, l’éditeur met en avant la licence perpétuelle : vous payez une fois, le logiciel est à vous, pour toujours. La promesse est solide, le contrat verrouillé en votre faveur. C’est précisément ce qui décide l’entreprise à bâtir ses processus, à former ses équipes et à confier ses données à l’outil.

Le glissement silencieux de la licence à l’abonnement

D’abord, on rassure. À la signature, l’éditeur met en avant la licence perpétuelle : vous payez une fois, le logiciel est à vous, pour toujours. La promesse est solide, le contrat verrouillé en votre faveur. C’est précisément ce qui décide l’entreprise à bâtir ses processus, à former ses équipes et à confier ses données à l’outil.

Puis, le modèle glisse. La maintenance devient payante, les mises à jour se conditionnent, et la licence perpétuelle cède peu à peu la place à l’abonnement récurrent. Ce qui était un achat devient un loyer. Le changement n’est pas qu’une affaire de facturation : c’est une bascule de modèle économique, qui transfère le rapport de force vers l’éditeur, d’autant plus fort que le client ne peut plus partir.

Cette mécanique n’a rien d’abstrait. En juin 2026, elle a gagné l’hémicycle. Une question écrite adressée à Bercy en a fait un cas d’école, en visant un éditeur français bien connu des développeurs : PC SOFT.

L’essentiel

Ce qui se joue : un éditeur français (PC SOFT, suite WinDev) est passé sous contrôle d’un groupe canadien coté, via un consolidateur spécialisé dans le rachat de logiciels de niche à clientèle captive.

Le risque : conversion des licences perpétuelles en abonnements, hausses tarifaires successives et redevance réclamée aux clients finaux, sans contrepartie de service.

Qui est exposé : toute organisation dont les données, processus et compétences sont verrouillés sur un outil propriétaire difficile à quitter.

Niveau d’urgence : élevé pour les utilisateurs intensifs de WinDev ; à traiter avant la prochaine échéance de renouvellement.

Ce que dit la question parlementaire

Le député Philippe Latombe interpelle Bercy sur le rachat, en novembre 2024 et « en toute discrétion », de PC SOFT par Two Squared France II, entité dont le dirigeant est rattaché à Volaris Group, filiale du groupe coté canadien Constellation Software.

La stratégie décrite suit une logique constante : repérer un éditeur dont les clients ne peuvent migrer ni vite ni à moindre coût, le racheter, puis convertir peu à peu les licences perpétuelles en abonnements, relever les tarifs et maximiser la trésorerie remontée aux actionnaires. S’y ajoute une redevance sur les applications déployées chez les clients finaux, lesquels n’ont pourtant aucun lien contractuel avec l’éditeur.

Le verrou est ici maximal : le WLangage, langage propriétaire au cœur de WinDev, n’existe nulle part ailleurs. Quitter l’outil suppose une réécriture intégrale. Le député demande comment ce dossier a échappé au SISSE et quelles protections envisager.

En une phrase : la question transforme un cas d’espèce en révélateur d’un angle mort, le contrôle des prises de participation sur des actifs logiciels stratégiques.

Pourquoi c’est important

La thèse du cabinet : le grief politique le plus visible, la défaillance du SISSE, est juridiquement le plus fragile. L’édition de logiciels de gestion n’entre pas spontanément dans les secteurs sensibles soumis au contrôle des investissements étrangers. Sans cette qualification, l’administration n’avait pas de base pour s’opposer.

La captivité totale revendiquée (un langage unique, aucune alternative) est un argument à double tranchant. Elle nourrit le récit du verrouillage, mais elle dessine surtout un marché pertinent étroit : c’est précisément ce qui peut fonder une analyse en abus de position dominante si les hausses et la redevance apparaissent comme l’exploitation d’un pouvoir de marché.

Formule signature : ce qui se présente comme une fatalité technique est, en droit, un rapport de force qui s’instruit.

Projection à 12-24 mois : à défaut d’action coordonnée des utilisateurs (audit, documentation, mutualisation), le modèle « acheter et presser » se répliquera sur d’autres éditeurs de niche français. Le sujet dépasse PC SOFT ; il interroge la résilience de tout un écosystème de logiciels métiers. 

Cartographie des leviers juridiques

Quatre angles méritent d’être instruits, du plus fragile au plus solide.

Levier juridique Fondement Solidité
Contrôle des investissements étrangers (SISSE) Art. L. 151-3 et R. 151-1 s. du Code monétaire et financier Faible
Conversion licence perpétuelle vers abonnement Déséquilibre significatif (art. L. 442-1 C. com.) ; clauses abusives (art. L. 212-1 C. consom.) Modérée
Redevance imposée aux clients finaux Fondement contractuel à vérifier (clause run-time) ; droits de l’auteur de logiciel, art. L. 122-6 CPI À auditer
Abus de domination / dépendance économique Art. 102 TFUE ; art. L. 420-2 C. com. (exploitation abusive d’un verrouillage) La plus solide

Les références ci-dessus renvoient au droit positif applicable ; leur mise en œuvre concrète suppose la lecture des contrats de licence d’origine, non communiqués à ce stade.

Vous êtes développeur et vous vous trouvez dans cette situation : quel réflexe juridique avoir sous 30 jours ?

Le plan d’action tient en quatre temps.

  • Auditer les licences (sous 10 jours). Faire ressortir la mention de perpétuité, l’existence ou non d’une clause de redevance de déploiement (run-time) et les conditions de maintenance. Responsable : direction juridique.
  • Cartographier la dépendance. Chiffrer le coût et le délai réels d’une sortie, et formaliser un plan de réversibilité. Responsable : DSI et achats.
  • Documenter l’abus. Historiser hausses tarifaires et redevances réclamées, conserver les échanges, avant toute renégociation imposée. Responsable : achats et direction juridique.
  • Sensibiliser le COMEX. Trente minutes pour exposer le risque de captivité et arbitrer la stratégie (tenir, négocier, préparer une sortie)
 

The content of this article is intended to provide a general guide to the subject matter. Specialist advice should be sought about your specific circumstances.

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