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14 May 2026

IA et droit d’auteur : vers une « taxe sur les données » en Europe ?

HA
Haas Avocats

Contributor

HAAS Avocats, a French law firm, defends and protects national and international clients in the fields of French intellectual property, new information and communication technologies, data protection, e-commerce, e-marketing and business law.
Mistral AI propose un mécanisme de contribution financière pour les entreprises d'IA utilisant des contenus protégés, visant à concilier innovation technologique et respect du droit d'auteur.
France Intellectual Property

Cette proposition s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les acteurs de l’IA et les titulaires de droits, notamment sur la question de l’exploitation massive de contenus protégés par le droit d’auteur.

Un modèle fondé sur une contribution liée au chiffre d’affaires

Le mécanisme envisagé repose sur une logique relativement simple : les entreprises développant des modèles d’IA verseraient une contribution proportionnelle à leur chiffre d’affaires, en contrepartie de l’utilisation de contenus accessibles publiquement en ligne.

L’objectif est double :

  • D’une part, garantir une forme de rémunération aux ayants droit dont les œuvres sont utilisées pour l’entraînement des modèles.
  • D’autre part, offrir une sécurité juridique aux entreprises d’IA, confrontées à une incertitude persistante sur la légalité de leurs pratiques.

Ce système pourrait s’apparenter, dans son esprit, à certains mécanismes existants telle que la rémunération pour copie privée1, en instaurant une forme de mutualisation de la compensation.

Un constat partagé : un cadre juridique actuel insatisfaisant

Cette proposition intervient dans un contexte où le cadre juridique existant, issu notamment de la directive européenne sur le droit d’auteur2, montre ses limites.

Le système actuel repose principalement sur un mécanisme d’opt-out3, permettant aux titulaires de droits de s’opposer à l’utilisation de leurs contenus.

Dans la pratique, ce dispositif se révèle pourtant difficilement applicable. En effet, la circulation massive des contenus en ligne, l’absence d’outils de traçabilité efficaces et l’hétérogénéité des pratiques rendent son effectivité incertaine.

Dans ce contexte, l’idée d’un mécanisme global de contribution apparaît comme une tentative de réponse à une difficulté structurelle, qu’est la conciliation entre l’exploitation massive de données et le respect des droits de propriété intellectuelle.

Un enjeu stratégique pour la compétitivité européenne

Au-delà de la dimension purement juridique, la proposition s’inscrit également dans une logique à la fois économique et géopolitique.

Les acteurs européens de l’IA mettent alors en avant un désavantage compétitif face à leurs homologues américains ou chinois, qui bénéficieraient de cadres juridiques plus permissifs. La mise en place d’un système harmonisé au niveau européen pourrait, selon ses promoteurs, participer à rétablir un certain équilibre tout en sécurisant les pratiques.

L’idée d’un fonds européen alimenté par cette contribution, destiné notamment à soutenir les industries culturelles, traduit également une volonté de concilier innovation technologique et préservation des écosystèmes créatifs.

Une proposition fortement contestée par les ayants droit

La proposition suscite toutefois des réactions contrastées, voire parfois opposées. Certains représentants des industries culturelles y voient une remise en cause profonde du droit d’auteur. L’instauration d’une contribution forfaitaire pourrait, selon eux, conduire à une forme de légalisation de l’utilisation non autorisée des œuvres, en substituant une logique de compensation collective à une logique de consentement individuel.

D’autres acteurs adoptent une position plus nuancée, considérant que cette proposition constitue une base de discussion permettant d’engager un dialogue structuré avec les entreprises d’IA, jusqu’ici souvent resté lettre morte.

Ce clivage révèle, en tout état de cause, une tension fondamentale entre deux approches du droit d’auteur :

  • Une approche patrimoniale, fondée sur l’autorisation préalable ;
  • Une approche fonctionnelle, reposant sur des mécanismes de compensation.

Cette proposition invite à repenser en profondeur l’évolution du droit face aux technologies d’intelligence artificielle. Celle-ci vient esquisser un basculement d’un modèle fondé sur l’autorisation individuelle des titulaires de droits vers un mécanisme de compensation collective, ce qui constituerait une évolution significative du régime juridique applicable aux œuvres. Il pourrait alors être redéfini un équilibre délicat entre la protection des créateurs, l’accès aux données nécessaires au développement des systèmes d’IA et les impératifs d’innovation.

À cet égard, la proposition de Mistral AI a le mérite de clarifier les termes du débat. Elle met en lumière les limites du cadre juridique actuel et souligne la nécessité de l’adapter aux réalités technologiques contemporaines. Elle n’en demeure pas moins porteuse d’une difficulté majeure : organiser l’exploitation massive des œuvres par les systèmes d’IA implique de s’éloigner, au moins en partie, du principe d’autorisation préalable, constituant l’un des fondements du droit d’auteur.

* * *

Le cabinet HAAS Avocats est spécialisé depuis trente ans en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle. Il accompagne les acteurs du numérique dans le cadre de leurs problématiques judiciaires et extrajudiciaires relatives au droit de la protection des données et de l’intelligence artificielle. Dans un monde incertain, choisissez de vous faire accompagner par un cabinet d’avocats fiables. Pour nous contacter, cliquez ici.

Footnotes

1 Articles L.311-1 et suivants du Code de propriété intellectuelle.

2 Directive (UE) 2019/790 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019 sur le droit d’auteur et les droits voisins dans le marché unique numérique et modifiant les directives 96/9/CE et 2001/29/CE (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE)

3 Dans le cadre de l’opt-out, la personne est réputée avoir donné son consentement jusqu’à ce qu’elle le retire.

The content of this article is intended to provide a general guide to the subject matter. Specialist advice should be sought about your specific circumstances.

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